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Portrait du journaliste tunisien Fahem Boukadous qui a été arrêté jeudi, par Taoufik Ben Brik. 

"Petit bonhomme,

Parfois sans ambages,
Pourrais-tu te vendre ?
Non.
Pour cinq cents livres par mois ?
Impossible. 
Pour sept cents ? 
Sans danger 
Sans sacrifier ta dignité ? 
De petites chroniques pédantes, 
Des articles "objectifs" ? 
"Neutres", tout simplement, exposant les faits tels qu’ils sont ? 
Oui 
C’est faisable 
Non 
C’est du travail d’agent. 
Pourquoi user de mots si effrayants ?"

Ces vers de Nadhim Hikmet, près d’un siècle après leur publication, restent toujours et pour toujours, lumineux comme un feu follet. Une heure, seulement, avant son kidnapping par les costumes noirs, Fahem a eu la visite de deux superbes renégats : Nourreddine Ben Tacha et Borhen Bassas. Ils avaient pour mission d’arracher sa "reddition" (demande de grâce) ? En contrepartie, il aura "la liberté sauve", un salaire de rédacteur en chef et d’autres friandises. Lui, Fahem, s’est contenté de reprendre les mieux dires de Nadhim :

"C’est dégoutant l’argent
"La propriété c’est du vol", dit Proudhon"

Que dit El Fahem ? Il dit, on va en prison, comme on s’en va-t-en guerre. Tu reviens et tu trouveras peut-être un étranger dans ton lit et des enfants qui sont de lui. Et tu chanteras "ne mens pas Agatha"… Mais lui dire de vendre son ombre, ça ce n’est pas lui. La vie de pantouflard, de mouchard, ça le répugne. Hélas ! Il n’a pas le profil du métier. Il n’a pas le derrière puissant des traîtres. Il ne s’appelle pas Ali M’hadhebbi, Mohamed Mouada, Anas Chabbi, Sami Aggremi, Tahar Gargaroura, Mohamed Driss, Mezri Hadda, Ridha Mallalouli, Samir Laabidi, Abdelwahab Bahi, Wissem Saâdi, feu Serge Adda et d’autres qui font la queue pour obtenir la carte verte.

Entre deux sommes dans mon léger sommeil, je me suis pris son incarcération dans les dents. Le quinze juillet deux mille dix à dix heures dix, le matin. La claque. Je ne peux vraiment pas, comme le font certains compères, prétendre que je connais Fahem. Je l’ai juste croisé une ou deux fois chez Hamma Hammami, lorsque les deux n’étaient pas en cavale ou en taule. Joan baez, les pieds nus, guitare folle, chantera pour ces deux qui font la paire, Sacco et Vanzetti.

Teint clair, cheveux noirs corbeaux, taille moyenne, fluet, une rareté chez les Gafsaouis. Il m’approcha avec des mots improbables qui caressent la vanité. C’est réconfortant dans un milieu chicaneur, médisant, bourré d’amphétamine et de convoitise. Il parle volontiers des mineurs de Redeyef, de Metlaoui, de la femme qu’il aime et qu’il veut épouser, Afef (c’est fait). Si vous voulez le connaître, il faut se pencher sur son côté enfant qui vit dans l’adulte qu’il est. Comme le petit prince d’Antoine de Saint–Exupéry, il n’arrête pas de penser : "les grandes personnes ne comprennent jamais rien toutes seules, et c’est fatigant, pour les enfants, de toujours et toujours leur donner des explications".

Les grandes personnes aiment les C.V. Quel âge a-t-il ? Combien mesure-t-il ? Où travaille-t-il ? Combien gagne-t-il ? A-t-il une carte de presse ? Si vous leur dites j’ai vu un homme souriant, amical, ils ne pigent que dalle. C’est pourquoi, depuis belle lurette, j’ai jeté l’éponge et je n’écris que pour les enfants ou les adultes qui conservent un parfum d’enfance dans leurs aisselles. Des adultes qui ne sentent pas le bouc. Lui, Fahem, sent le bébé cadum et le talc.

Il abhorre ces adultes rongés par la déception, l’échec, la guigne et l’envie, ces adultes qui te criblent par des petites phrases assassines, lancées en apparence par inadvertance, mais tellement sournoises, parce que petites bourgeoises et classes moyennes de l’humanité :

Ça intéresse qui ce que tu dis ?!
On ne retient rien de tout ce que tu dis
Pas mal mais tu aurais pu peaufiner ton discours.
Trop léger, rien de concret. Be quiet les Beaufs !

La plupart du temps, Fahem est de bonne humeur et ses histoires sont drôles mais, parfois, une douleur fulgurante le traverse, pareille à celle que lui cause son asthme. Parfois, comme dit la chanson, il lui faut rire pour ne pas pleurer. Mais il sait s’arranger, même alors, pour que nous partagions sa bonne humeur. Sil n’y avait pas eu, en Tunisie, des milliers de Fahem, volubiles, chaleureux et lucides qui dans l’enfer même pas climatisé de la dictature, vivent le courage du sourire aux lèvres, on n’espère guère survivre à ZABA. Fahem, t’es mon frère de lait et mon cheval de bataille. Batailler, c’est aimer. J’espère que comme moi, vous aussi, vous l’aimerez.

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En effet, il serait correspondant de ” EL BADIL ELECTRONIQUE” et journaliste pour le compte de la chaîne de TV ” EL HIWAR ETTOUNSI”, chaîne très gênante pour le régime tunisien et donc mal vue par ces censeurs.

D’après un communiqué de presse, distribué par l’agence Tunis presse, imputé à ” une source autorisée” du ministère tunisien de l’extérieur (en réponse à un communiqué de son homologue américain), les propos qui affirment que Mr. F. BOUKADDOUS est un journaliste et qu’il à été jugé pour ses activités journalistiques ne sont que diversion, « désinformation » et « manque de discernement » !

Toujours d’après ce communiqué de presse, Mr. F. BOUKADDOUS serait condamné pour “implication dans une entente criminelle visant à préparer et à commettre des agressions contre les personnes et les biens” et pour des infractions de droit commun sans rapport avec ses activités journalistiques.

Il n’est pas étonnant que les autorités tunisiennes ne reconnaissent pas à Mr. F. BOUKADDOUS la qualité de journaliste puisqu’il n’est pas de ceux qui mettent leurs plumes et caméras au service du régime en place et ne se soumettent pas aux désirs et/ou ordres des ministères de l’information et de l’intérieur.

Il n’est pas étonnant non plus que des « journalistes » au service de ce même régime restent dans l’impunité totale même s’ils bafouent les principes les plus élémentaires de ce métier censé être noble (voir les compagnes de dénigrement de nombre de personnalités démocratiques et opposantes et de certains journalistes d’EL JAZIRA… sur les colonnes d’un certain nombre de quotidiens de la place) malgré des plaintes officielles.

Il n’est pas étonnant encore que Mr. F. BOUKADDOUS soit jugé dans des conditions de non respect des principes les plus élémentaires des droits humains (jugé alors qu’il gisait au service de pneumologie du CHU Farhat Hached de Sousse) puisqu’il a « signé et persisté » durant l’embargo de fer imposé à toute la région minière de Gafsa lors des émeutes de 2008 : en effet ce monsieur à qui on ne veut accorder la qualité de journaliste (pourtant reconnue par la IFJ) était le seul journaliste qui avait rompu le silence des morts et des agneaux dans lequel les autorités voulaient faire baigner ces émeutes … toutes les images de ces évènements, montrées par nombre de chaînes télévisées internationales, sont de ce soit disant non journaliste … il avait, en effet, agressé certains par son micro et sa caméra … il avait risqué sa vie pour ça et paye encore les pots cassés.

Nombre de faits et pratiques ne sont plus étonnants dans ce pays, mais ce qui pourrait l’être (pour certains en tout cas) c’est ce communiqué de presse sus-cité et qui a été diffusé par les médias avec, exactement, les mêmes commentaires.

Pour changer un peu, voici d’autres commentaires :

• Mr. F. BOUKADDOUS est bel et bien journaliste d’après la fédération internationale des journalistes (IFJ).

• D’après maître R. RADDAOUI, l’un des avocats du prévenu, parmi toutes les charges citées contre lui, seule la charge « diffusion d’informations susceptibles de troubler l’ordre publique » serait retenue et lui a value 4 ans de prison … est ce que la “source autorisée” du ministère de l’extérieur l’ignorait ?

• La seule arme que le prévenu possédait et avait bel et bien utilisée c’est sa caméra et son micro !il est vrai q’une caméra pourrait être plus dangereuse q’un cocktail Molotov !

• Le prévenu ne pourrait être jugé pour « des infractions de droit commun sans rapport avec ses activités journalistiques », sinon comment s’expliquer l’acharnement des autorités à vouloir l’extraire de son lit d’hôpital la veille de son procès malgré son état de santé critique … comment s’expliquer son jugement malgré qu’il ne « pouvait se présenter au tribunal pour des raisons de forces majeures » comme le stipule la loi … et enfin comment s’expliquer que « la police politique » ne cesse de roder autour du service de pneumologie du CHU FH de Sousse depuis son hospitalisation et jusqu’à ce jour … sa condamnation était elle acquise bien avant son procès ???

De toute évidence, quelques questions s’imposent :

Qui joue à la diversion et à la désinformation ?

Dans quel camp se situe le manque de discernement ?

NUL N’EST DUPE, LA VERITE NE

SAURAIT ETRE DISSUMULEE LONGTEMPS

JAMEL MILADI, médecin syndicaliste, membre de la LTDH

et d’Amnesty internationale/Tunisie

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Publié le 15 juillet 2010

Le 15 juillet 2010, le journaliste Fahem Boukadous a été arrêté vers 9h30 (heure locale) dans la cour de l’hôpital Ferhat Hached de Sousse, alors qu’il était en compagnie de sa femme. Il a été transféré dans un lieu encore inconnu.

Cette interpellation fait suite à la confirmation en appel, le 6 juillet 2010, de la condamnation du journaliste à une peine de quatre ans de prison ferme. Le tribunal d’appel de Gafsa avait rendu sa décision alors même que le journaliste était hospitalisé depuis le 3 juillet dernier pour des problèmes respiratoires.

Le journaliste était sorti le 14 juillet vers 12h30 de l’hôpital, et avait passé la nuit chez des amis près de Sousse. Il était revenu le 15 juillet à l’hôpital afin de récupérer son dossier médical.

Fahem Boukadous a été poursuivi avec acharnement par les autorités tunisiennes depuis deux ans pour sa couverture des manifestations populaires dans la région minière de Gafsa en 2008. Reporters sans frontières est d’autant plus inquiète pour le journaliste qu’il souffre de problèmes pulmonaires. Il est toujours sous traitement médical et les médecins l’ont convoqué pour de nouveaux examens le 23 août prochain.

C’est un cas de plus qui montre que le régime du président Zine El-Abidine Ben Ali se veut implacable avec les journalistes indépendants. Les autorités sont même prêtes à enfreindre leurs propres règles de justice pour arriver à ses fins (cf. communiqué précédent).

Depuis la réélection du président Ben Ali, en octobre 2009, le pays a renforcé son image d’Etat policier, journalistes et blogueurs subissant un véritable harcèlement au quotidien. Récemment, le Parlement a adopté un projet de loi visant à criminaliser directement les activités de sensibilisation menées par les défenseurs des droits de l’homme tunisiens, renforçant son dispositif légal destiné à verrouiller les libertés fondamentales.

Historique de l’affaire

Le 5 janvier 2008, la Compagnie des phosphates de Gafsa (CPG), principal employeur d’une région marquée par un fort taux de chômage, publie les résultats du concours d’embauche. La population de la région de Redeyef, jugeant ces résultats frauduleux, entend dénoncer la politique de recrutement de la CPG, le favoritisme et la corruption.

Le 7 avril 2008, une trentaine de grévistes sont interpellés, provoquant d’importantes manifestations. Une vague de répression s’abat alors à l’encontre des jeunes et des activistes de la région qui multiplient les rassemblements. Trois jeunes manifestants sont tués. Deux d’entre eux sont tués par balles le 6 juin 2008.

Fahem Boukadous a couvert pour El Hiwar Ettounsi ces manifestations populaires. Il collabore depuis 2006 avec cette chaîne de télévision satellitaire privée, lancée en 2002 à partir de la France .

Les images filmées par Fahem Boukadous sont reprises par d’importants médias panarabes et postées sur les sites de partages de vidéos, tels que YouTube et Dailymotion, tous deux censurés en Tunisie. Le 5 juillet 2008, par crainte d’être arrêté, Fahem Boukadous entre dans la clandestinité.

Le 4 décembre 2008, s’ouvre le « procès des 38 », accusés “d’entente criminelle en vue de commettre des attentats contre les personnes et les biens“, de “rébellion armée commise par plus de dix personnes“ et de “troubles à l’ordre public“. A l’issue du procès le 11 décembre, 33 personnes sont condamnées à des peines allant de deux ans d’emprisonnement avec sursis, à dix ans et un mois de prison ferme. Cinq personnes sont relaxées. Le verdict est rendu en l’absence de plaidoiries de la défense et d’interrogatoires des prévenus.

Fahem Boukadous est, quant à lui, condamné, par contumace, par le tribunal de première instance de Gafsa, à une peine de six ans de prison ferme, pour “appartenance à une association criminelle susceptible de porter atteinte aux personnes et à leurs biens", et “diffusion d’informations de nature à troubler l’ordre public“, sur la base des articles 131 et 121 du code pénal tunisien.

Le procès en appel s’ouvre le 13 janvier 2009. Le 5 février 2009, la cour d’appel confirme la condamnation de Fahem Boukadous à une peine de six ans de prison ferme.

Le 24 novembre 2009, le journaliste se présente libre au tribunal de Gafsa, mettant ainsi un terme à près de dix-sept mois de clandestinité. Absent lors de son procès, Fahem Boukadous peut faire opposition du premier jugement. La procédure recommence depuis le début, annulant les décisions juridiques précédentes concernant le journaliste.

Il a été condamné le 13 janvier 2010 à quatre ans de prison ferme par le tribunal de Gafsa pour les mêmes faits que ceux qui lui étaient reprochés en décembre 2008. Depuis, le procès avait été reporté à plusieurs reprises.

Des affaires « en veux-tu, en voilà »

Le 14 juillet 2010, le tribunal cantonal de Jendouba a annoncé le report du procès du journaliste Mouldi Zouabi, reporter à Radio Kalima, au 4 août prochain.

Alors qu’il s’attendait à être convoqué en tant que plaignant dans l’affaire où il avait été agressé par Khalil Maaroufi, un proche des services de police, Mouldi Zouabi avait reçu, le 7 juillet 2010 pour répondre de l’accusation de « violences aggravées et injures publiques » contre son agresseur.

Le 1er avril 2010, le journaliste a été agressé devant le poste de police central de Jendouba par Khalil Maaroufi, gérant d’un café situé en face du palais de justice à Jendouba (200 km à l’ouest de Tunis).

« Le type est sorti d’une voiture et m’a demandé si je m’appelais Mouldi Zouabi. A peine avais-je répondu par la positive qu’il s’est jeté sur moi en me rouant de coups et me traitant de tous les noms. Il a cassé mes lunettes. Il m’a arraché mes papiers. Il m’a tout pris, mes papiers d’identité, ma carte de presse de la Fédération internationale des journalistes, ma carte bancaire, mon permis de conduire, mon dictaphone et d’autres documents personnels », avait déclaré Mouldi Zouabi.

Mouldi Zouabi avait alors porté plainte auprès du parquet de Jendouba après avoir été examiné par un médecin qui lui a délivré un certificat médical attestant des blessures provoquées par l’agression.

Aujourd’hui, la plainte qu’il avait déposée a été classée pour « insuffisance de preuves » et son agresseur le poursuit pour les faits dont lui-même avait été victime.

Zakia Dhifawi, journaliste à Mouatinoun, a été agressée, le 1er juillet 2010, à Nantes par des policiers tunisiens en civil alors qu’elle intervenait au Forum mondial des droits de l’homme. Elle a porté plainte. A son retour en Tunisie, le 6 juillet 2010, elle a subi une fouille corporelle humiliante.

Dans un communiqué de presse commun daté du 17 juin 2010, Reporters sans frontières, l’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l’homme, un programme conjoint de la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH) et de l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT), le Réseau Euro-méditerranéen des droits de l’Homme (REMDH), Amnesty International et Human Rights Watch ont publiquement condamné l’adoption par le Parlement tunisien, le 15 juin 2010, d’un projet de loi visant à criminaliser directement les activités de sensibilisation menées par les défenseurs des droits de l’homme tunisiens (http://fr.rsf.org/tunisie-adoption-…).

Le 8 juillet 2010, une lettre a été envoyée au Président tunisien, Monsieur Zine El-Abidine Ben Ali, afin d’attirer son attention sur les conséquences de l’adoption d’un tel amendement sur les activités de promotion et de protection des droits de l’homme menées par les défenseurs des droits de l’Homme tunisiens, et lui demandant d’abroger cet amendement.

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